Le temps passe tellement vite. Je n’en reviens pas d’être déjà rendu à la 16e semaine;
exactement à la mi-chemin du projet! Je suis content d’avoir su entretenir cette aventure
afin qu’elle demeure constante.
Je suis également fier d’être resté positif, la plupart du temps, malgré le mental qui tente
parfois de me faire dévier de mon chemin. Il y a des semaines où tout arrive en même
temps, que le tapis se déroule et il y a des semaines (comme celle-ci) où la récolte est
plus difficile et personne ne se manifeste.
Dans ces instants, je vais puiser l’énergie emmagasinée à l’intérieur de moi pour les jours
plus gris et je l’utilise. Je combats mes inquiétudes et me répète que le montant amassé
est exceptionnel pour le peu de temps qu’on a eu, que le concept est d’autant plus génial :
un album financé par le public à l’heure où la plupart des gens téléchargent la musique
gratuitement!! C’est moi, ça. Je ne fais rien comme les autres.
En réalité, ce projet est la conséquence d’une impasse. Il est né à la suite d’un découragement.
Depuis plusieurs mois, je me sentais enfin prêt pour un album. Bien que je le répétais depuis
assez longtemps « J’ai fait tous mes bagages, je suis prêt à partir... », jamais ces mots
n’avaient eu autant de signification pour moi que l’automne dernier.
GE et moi avions enfin notre équipe : le réalisateur, les musiciens, la maison de distribution
et à mon avis, mes chansons avaient atteint une maturité évidente pour être immortalisé
sur disque. Je sentais que c’était enfin le moment de produire un album et de me sortir en
même temps d’un engrenage routinier dont j’étais l’acteur depuis déjà trop d’années à mon goût.
Mais voilà, aucune compagnie de disque ne se montrait intéressée par mon projet – je les
soupçonne de n’avoir même pas ouvert mon dossier ou écouté mes chansons – et nos
demandes de bourses répétées au Conseil des Arts ne semblaient pas satisfaire le « jury »
(permettez-moi de mettre ce mot entre guillemets avec une ou deux arrière-pensées).
Bon, OK. Je me laisse aller. Mais seulement une petite minute. :-)
*** parenthèse***
Soyez sans craintes, je ne suis pas si amer que ça vis-à-vis l’industrie. Quoique je
considère que le concept serait à repenser au complet étant mené par des bureaucrates
et hommes d’affaires pas si visionnaires qu’on le prétend, ressortant les mêmes albums
avec les mêmes chansons racontant les mêmes histoires chantés par les mêmes chanteurs...
Et pendant ce temps, sans l’aide d’aucun organisme gouvernemental (certains artistes
se sont vus recevoir jusqu’à trois bourses du gouvernement lors de leurs premières années
de vache-maigre, comme quoi la répartition est égale...), tu travailles plusieurs mois pour
enregistrer des chansons qui te tiennent à cœur sur une x-ième maquette en studio avec
de supers musiciens.
Viens ensuite une longue recherche pour trouver les coordonnées du directeur « artistique »
(encore des guillemets!) de chaque maison de disque correspondant à ton créneau
musical pour envoyer un dossier complet avec ton démo dans une trentaine de compagnies.
Un an plus tard, si tu es chanceux, tu as seulement reçu trois réponses (négatives).
Et pendant ce temps, cette satanée même chanson sirupeuse trouve son chemin jusqu’à
tes oreilles - étant jouée dans toutes les radios - et on te dit d’être patient car l’industrie
fonctionne ainsi. Non désolé : il y a quelque chose qui ne tourne pas rond!
Bon, je l’avoue : je serais amer si j’étais encore dans cette situation d’attente et de faux
espoirs. Mais je n’y suis plus.
*** fin de la parenthèse***
C’est finalement lors d’un souper de famille, un certain soir de novembre, que ma mère a
rompu ce « pattern ». En discutant avec moi sur mes désirs d’endisquer et en constatant
mon air déconfit face aux impasses budgétaires, elle m’a finalement lancé, du ton assuré
qu’une maman emprunte lorsqu’elle décide de régler le problème de son gars :
« Bon. Combien est-ce qu’il te faut pour enregistrer un album ?
- Environ 20 000$... en arrondissant. (J’étais en train de me demander s’il elle n’avait pas
gagné à la loterie et sortirait un énorme chèque.)
- C’est sûr que 20 000$ pour une personne... c’est presque impossible à assumer,
a-t-elle continué. Mais si on divise par 200 personnes: ça fait 100$ chacun!...
- Oui. Et... ??? »
Et la discussion s’est poursuivie, avec toutes ses bonnes et moins bonnes idées. Au départ
à moitié sérieux, à la fin complètement excité par ce délire pas si fou que ça, en fin de compte.
L’IDÉE était créée; l’énergie y travaillait déjà. Et j’avais des papillons dans le ventre, c’était
bon signe. Maintenant, tout me semblait possible, j’allais peut-être enfin réaliser mon album
dans la prochaine année.
Ce même matin, j’étais un artiste un peu amer arrêté devant un mur impossible à franchir
et le soir, j’étais habité par une si grande volonté que plus rien ne semblait pouvoir bloquer
mon chemin. Grâce à ma mère, Hélène, la visionnaire.
Ma mère est un sage. Elle m’a appris que dans la vie, il n’y pas d’échecs, il n’y a que du
changement. Qu’on doit utiliser le négatif pour le transformer en quelque chose de positif.
Nos faiblesses deviendront alors nos forces.
Ce qui me semblait être un échec (de ne pas être signé par une compagnie de disque)
s’avèrera en fait ma réussite (mon public qui décide de financer mon album)!
La philosophie orientale enseigne justement cette technique. Dans les arts martiaux, une
règle consiste à utiliser l’énergie dans le sens qu’elle travaille et non en opposition avec elle.
Quand un adversaire te pousse, tu tires. Quand il te tire, tu pousses. Si on s’applique à vivre
dans le même sens que l’énergie, les choses se dérouleront beaucoup mieux.
Merci Hélène, pour ton amour inconditionnel. Regarde où tes idées me mènent! ;-)
XXX...
François Duchesne