Je viens de Charlesbourg, une belle petite banlieue paisible de la ville de Québec.
J’ai grandi dans une famille heureuse et sans histoire. On n’a jamais vraiment vécu
de drame, alors j’ai longtemps été complexé, en tant qu’artiste voulant se démarquer,
de ne pas avoir d’histoire particulière sur laquelle on pouvait m’identifier.
Je ne viens pas d’un lointain village de Gaspésie, je n’ai pas grandi au bord de la mer
et je n’ai pas d’accent prononcé. J’ai un look plutôt ordinaire, « passeport pour tous
les jours » et pas de dossier criminel. Je ne viens pas d’une famille de quatorze enfants,
de parents musiciens bohèmes et dans le vent. Les miens étaient fonctionnaires tous
les deux. Bon. Il y a des choses pires dans la vie. ;-)
Alors quand j’étais plus jeune, afin de me trouver une histoire, on dirait
qu’inconsciemment, je me la donnais toujours un peu difficile en me mettant dans
des situations où il m’arrivait des malchances... Comme si je voulais être écorché
par la vie et ainsi acquérir une crédibilité.
Peut-être pour qu’on me prenne en pitié comme ces grands sportifs qui donnent tout
ce qu’ils ont en milieu hostile, je finissais immanquablement par visiter l’infirmerie à
chaque activité parascolaire. Et ce n'est pas à cause que je me surpassais comme athlète et
me donnais corps et âme sur le terrain : je possédais simplement cette habileté à m’attirer des coups.
Lors d’un match de soccer ou de basketball quelconque, à la moindre petite seconde
d’inattention, il était assuré que je finissais par recevoir le ballon par la tête.
Lors de mes vacances postsecondaires, peut-être dans le but de décrocher le rôle de
Quasimodo dans « Notre-Dame de Paris » et ainsi prendre la place de Garou, j’ai
réveillé mes parents au beau milieu de la nuit, la gueule en sang, car je venais de me
la casser en vélo. J’en porte encore aujourd’hui des séquelles, et j’attends toujours
l’appel de Luc Plamondon.
Un soir juste avant d’aller chanter, peut-être par compassion pour tous ces gens atteints
d'une maladie qui les cloue au lit, j’ai découvert des boutons
partout sur mon corps. Les meilleurs spécialistes n’ont jamais trouvé ce qui m'arrivait
et j’ai dû rester un mois en convalescence en attendant que ma peau se pèle comme
un serpent. Cette maladie unique au monde aurait pu porter mon nom.
Peut-être afin d’avoir une voix plus rauque et usée par la vie, je me suis mis à faire
de l’asthme et dû passer la nuit à l’urgence en pleine crise afin de m’en rendre compte...
même si je « sifflais » fréquemment depuis plus d’un an.
En rafale, comme dit Paul Arcand, je suis également passé par des otites, des rhinites,
des bonnes cuites : tout ce qui finissait en « hit » mais qui ne m’en donnait pas.
À force de me maganer la face (inconsciemment bien sûr !), j’ai dû finir par
admettre que tout ça ne me conduisait nulle part. Que je n’avais pas plus d’histoires
à raconter, mais davantage de cicatrices à exhiber. Et ce n’est sûrement pas défiguré
que je me trouverai plus de travail !
J’ai finalement réalisé que je n’avais pas besoin d’être une personne torturée ou une
bibitte déchue par la vie pour avoir quelque chose à partager. La vie a aussi
le droit d’être simple. Et belle.
Je m'appelle François Duchesne, je viens de Charlesbourg, je suis auteur-compositeur-interprète
et maintenant, je m'efforce d’attraper le ballon lorsqu’il vole vers moi. ;-)
François Duchesne