Chanter en studio et chanter devant un public sont deux mondes complètement différents.

Devant un public, on entend le son emplir la salle, rebondir sur les murs pour finalement revenir à nous dans un écho naturel imparfait, mais ô combien grisant. On sent la scène vibrer sous nos pieds, les résonances chatouiller notre colonne vertébrale et grimper jusqu’à la nuque pour ainsi donner encore plus de soutien à la projection vocale.

Les deux pieds solidement ancrés au sol, on reçoit directement l'énergie du public qui nous donne une dose d'adrénaline enivrante et nous guide naturellement afin de transmettre l'émotion précise et appropriée.

C'est pourquoi certains soirs, un chanteur qui n'est pas en grande forme vocale peut quand même livrer une performance géniale seulement grâce à l'énergie que chanter en public peut provoquer physiquement et émotionnellement.

Chanter en studio adopte une autre méthode qui m'effraie toujours un peu, comme un passage obligé qui s’avère par la suite bénéfique. On est, la plupart du temps, enfermé dans un petit cocon avec des écouteurs. Les micros utilisés sont extrêmement différents et supérieurs par leur qualité d'enregistrement et leur sensibilité à capter chaque petite note, chaque petite inflexion vocale.

Alors toutes les petites imperfections qui peuvent paraître charmantes en spectacle sont ici reproduites et soulignées à gros traits. Elles peuvent donc devenir agaçantes pour l'oreille, surtout si la chanson est destinée à être jouée et rejouée plusieurs fois.

Il faut savoir qu'en studio, un petit essoufflement dans une phrase ne sera pas rattrapé par une stepette amusante, un sourire juvénile ou un clin d'oeil de complicité. C'est net, franc et direct : tu chantes bien ou tu fausses, on entend que ça.

Il faut également toujours se replonger dans l'ambiance de la chanson, tenter d'aller chercher les émotions correspondant au texte et au message que l'on désire véhiculer. Il faut souvent retourner loin à l’intérieur de soi et se remémorer quels sentiments nous habitaient à l'instant précis où l’on a créé la chanson, quelles images ou émotions on désire communiquer au futur auditeur qui l'écoutera par la suite dans son salon, dans sa voiture ou au travail.

Ce qui nous semble évident en spectacle, grâce à la réaction du public, son sourire, et ses applaudissements, prends beaucoup plus de complexité en studio. Pour ma part, j'aime autant les deux, mais pour différentes raisons.

En public, j’aime établir un contact entre moi et l’auditoire parce que faire de la musique, c'est communiquer, c'est partager une histoire, un instant de vie.

En studio, c'est l'intériorité qui me plaît... le voyage que l'on fait au bout de soi. Je peux grimacer exagérément pour appuyer une note, fermer mes yeux tout au long de la chanson, personne ne me regarde: je suis face à face avec moi-même. Et parfois, le voyage en vaut la peine.

C'est justement ce que j'essaie de faire en ce moment afin de vous livrer les meilleurs performances pour chacune des chansons de l'album, en espérant que vous capterez ce que j'ai tenté de vous transmettre en studio, en pensant à vous.

Cette semaine, j'en ai déjà enregistré trois. J’ai passé une journée complète à me recentrer, à entendre ma respiration un peu nerveuse dans les écouteurs avant que la chanson commence et me transporte...

« Essaie de tenir cet instant d'éternité
Sans rêve ni désir, seulement t'abandonner... »


François Duchesne