Dans trois semaines, ça fera exactement neuf ans que je chante dans les boîtes à chansons.
Neuf ans. Presqu'une décennie. Faut dire que j'ai commencé assez jeune dans les bars:
j’ai fait mon premier spectacle solo le 4 mai 1999, soir de mon vingtième anniversaire.
C’était au PETIT PARIS, un sympathique bar-spectacle qui est aujourd'hui remplacé par
le resto-lounge TIMES sur la Côte de la Fabrique. À cette époque, le bar n'était déjà
plus aussi populaire qu'à ses belles années de gloire, mais avec sa majestueuse façade
en pierre et son histoire haute de deux étages, il s’enracinait fièrement dans le patrimoine du Vieux-Québec.
Et pour moi, c’était génial !
Ne sachant pas trop de quelle façon l’on pouvait y être engagé, je me suis présenté
au gérant durant l’après-midi avec ma guitare dans une main et ma naïveté dans l’autre.
Je lui ai raconté, non sans bégayer, que je jouais depuis plusieurs années
et que j’étais capable de chanter toute une soirée... et même plus (j'ignorais si c'était vrai!).
Avec un sourire en coin et un air septique, il m’a répondu de revenir le soir même à
21 heures pour faire quelques chansons. Les tenanciers de bar ont tellement le tour
de mettre à l’aise les nouveaux venus qui se présentent à eux et de leur enlever le stress par
leur attitude joviale, chaleureuse et sécurisante... !!
Finalement, j'ai chanté toute la soirée et connu enfin mes premiers applaudissements
d’un public qui ne me connaissait pas. J’ai même eu droit à une tape sur l’épaule de
satisfaction bien sentie du gérant, c’est tout dire!
J'ai ensuite été engagé du lundi au mercredi, jour et soir, durant tout l'été, me forgeant
un répertoire musical encore plus dense devant un public majoritairement constitué de
baby boomers québécois et étrangers (d'où mon répertoire aux couleurs Rock Détente!).
J'aimais bien chanter en regardant les gens passer sur le trottoir et soudainement
s'arrêter devant les grandes fenêtres ouvertes pour quelques chansons. Il y avait très
souvent un attroupement de spectateurs devant le bar qui m'écoutait ou me filmait avec leur
ciné-maison et j'avoue que ça me flattait.
Avec la douce brise d’été qui caressait mon visage et essuyait mes premières gouttes
de sueur scénique, je me sentais grisé par l’enthousiasme des gens, leurs applaudissements,
leurs sourires et leurs regards posés sur moi.
Comment était-ce possible de ressentir
une telle impression de liberté dans une situation de vulnérabilité si fragile qu’est d’offrir
un récital...? Moi qui redoutais les exposés oraux étant petit, je découvrais le plaisir
d’être sur scène en étant moi-même.
Cet été là, j'ai soulevé la possibilité d'en faire un vrai métier à mes parents qui étaient
plutôt inquiets de me voir plonger dans le monde instable des bars et de la musique.
Je chantais depuis déjà quelques années en me produisant en spectacle ici et là, de
temps à autre. Mais pour le plaisir, sans jamais envisager de gagner ma vie et de
poursuivre dans cette voie (sauf peut-être en secret...).
À la fin de l'automne, encore emporté par mes rêves de succès musicaux, j'ai abandonné
mes études en communication à l'Université Laval en même temps que mon travail de vendeur
dans le rayon pour hommes du feu magasin Eaton pour me
consacrer à ma carrière de chanteur... Avant d'apprendre, quelques semaines plus tard,
que le PETIT PARIS n'avait plus besoin de mes services avant l'été suivant, car l’établissement
fermait en début de semaine durant la saison hivernale.
Temps mort, entre deux accords. Le temps d’être bien certain d’aimer ces imprévus qui
font aussi parti du métier.
Entre temps, j'ai participé au concours CHEZ SON PÈRE organisé par une certaine heu...
Geneviève Gaudet, tiens donc! ;-) Je n'ai pas gagné, mais je m'en suis bien sorti.
Ce même soir, une serveuse des VOÛTES NAPOLÉON qui se trouvait dans l'assistance
m'a grandement suggéré d'aller passer une audition dans le bar de la Grande-Allée (dont
j'ignorais l'existence!). Selon elle, je « fittais carrément dans ce genre d'endroit! ».
The rest is history, qu’ils disent (mais qui dit ça?).
Neuf ans plus tard, je me rends compte du chemin parcouru, de tout ce que j'ai appris
à maîtriser, de tout ce que j'aime encore dans le fait de chanter devant public. Je me
dis que si j'éprouve encore du plaisir après neuf ans, malgré les contraintes des heures
tardives, du choix du répertoire musical et du public parfois peu attentif et/ou soûl: je suis certain
d'aimer mon métier jusqu'à la fin de mes jours!
Neuf ans, ça se fête! C'est pourquoi cette année, avec l'aide essentielle de tous mes généreux
coproducteurs, j'ai décidé de m'offrir le plus beau des cadeaux: UN ALBUM.
Dans la semaine du 5 mai, juste après ma fête, nous lancerons le premier extrait de l'album
dans toutes les radios du Québec. Neuf ans plus tard. :-)
François Duchesne